Le mot de la présidente

Nous espérons tous que ce mois de septembre, plus que jamais, soit synonyme de rentrée, de retrouvailles, de reprise de l’ensemble de nos activités, autour de cet objet commun : la transmission de la psychanalyse.

Certes la pandémie ne nous a pas empêchés de nous renouveler : sur la toile, en distanciel et avec zoom, nos échanges avec des collègues proches et lointains se sont même intensifiés.

Comme le démontre l’intéressante série à succès « En thérapie », plus que jamais dans notre monde contemporain, l’adresse à un psychanalyste autorisant l’exercice de parole, permet l’ouverture à la contingence d’une rencontre, qui peut s’avérer déterminante, pour des sujets bien différents, chacun dans sa singularité. Une tragédie collective -les attentats du Bataclan-, entre en résonnance avec la scène intime de chacun ; le spectateur est invité à entrer dans les effets de transfert suscités sur une scène Autre : celle où un analyste tente de tenir une fonction, d’exercer un métier impossible, sur le fil. Les affects y sont mis à l’avant-plan, venant concerner le trauma dans la Cité, mais aussi le sexe, l’amour et la mort. Affect de l’analyste par excellence, l’enthousiasme du personnage central témoigne de son désir, dans une version très actuelle ; nous sommes entraînés, de séance en séance, dans le champ de la parole et du langage, au cœur d’une fiction guidée par le signifiant et ses effets de sujet.

« Le transfert à l’épreuve de nos cliniques » constituera la thématique de nos prochaines Journées Internationales à l’horizon d’octobre 2022.

1895. Etudes sur l’hystérie. Anna O ou Bertha Pappenheim effraya Josef Breuer par le versant sexuel appuyé de son transfert amoureux, ce qui permit ensuite à Freud, reprenant le cas, de déplier la question du transfert. Pour Freud, Übertragung, le transfert est d’abord une résistance à la révélation de l’inconscient dans la cure, où l’on assiste à une répétition de ce qui a trait au conflit œdipien propre au sujet, et qui est à résoudre.

Lacan érigera le transfert à la hauteur de concept fondamental de la psychanalyse, le mettra en lien avec le sujet supposé savoir ou avec la supposition d’un savoir, attribué à l’inconscient : une vérité textuelle. Dans la reprise du Banquet, Socrate apparait comme un antécédent historique au psychanalyste, renvoyant le disciple à la structure de son énonciation, prise dans un amour de transfert. Si le transfert, comme la série « En thérapie » nous le laisse entendre, a toujours existé, et résiste aux changements d’époque, c’est qu’il y a encore et toujours aujourd’hui, l’être parlant, soumis aux conditions de la parole et du langage, dans la rencontre avec un analyste, pour lui parler de symptôme et de jouissance.

Comment le désir de l’analyste opère-t-il aujourd’hui ? Nos cliniques renouvellent les questions de la demande, de l’adresse et du transfert, lorsque les conduites ou les agirs des sujets contemporains convoquent davantage les jouissances, et l’affect, vraie touche du réel. Comment la présence de l’analyste aujourd’hui se trouve t’elle convoquée dans le maniement du transfert ?

En parallèle, nous mettrons au travail le Séminaire l’Angoisse (1962-63), en vue de l’été 2022, en différents lieux institutionnels. Comme l’inconscient a été approché par le mot d’esprit, Lacan va aborder l’angoisse par l’Unheimlich freudien. L’Unheimlich apparait précisément quand le manque vient à manquer, et que quelque chose s’articule à un surgissement de l’objet généralement hors de portée. L’angoisse révèle un réel et à ce titre, est un affect qui ne trompe pas. Nous chercherons à en renouveler l’abord.

Gageons que ces perspectives engagées pour le travail collectif de cette année au sein de notre institution, rencontrent les intérêts de chacun pour nos retrouvailles d’automne.

Je nous souhaite une bonne rentrée psychanalytique.


Le 1r septembre 2021,

Anne Malfait

 


Mercredi 01 Septembre 2021